Prof doc : un CDI au CDI

Aujourd’hui je prends mon clavier pour te présenter mon métier dans les grandes lignes. Si tu te rappelles bien, j’ai repris les études à 28 ans pour passer le CAPES et devenir prof. En quelle matière ? Ha ha c’est la qu’on commence à rire : en Documentation, pardi !

« Mais qu’est-ce que c’est que ça ? » ou « mais c’est pas des profs au CDI » qui apparaissent dans vos esprits, non ? Oui parce que beaucoup de gens méconnaissent le métier de professeur documentaliste, d’ailleurs certains ne connaissent même pas le nom et nous associe à des bibliothécaires ou pire : à la « dame du CDI« .

Un métier fantasmé

Le métier de professeur documentaliste est en réalité très fantasmé par la plupart des gens. Que ce soit des adultes, des enfants ou des collègues professeurs. Déconstruisons certains de ces stéréotypes ensemble.

Non, on ne dit pas « Dame du CDI » mais professeur documentaliste. Non, il n’y a pas que des femmes, il y a des hommes aussi. Non, nous ne sommes pas tous vieux, au bord de la retraite, à avoir peur de la technologie (« aaahhh maisqu’est-ce que ce truc ??? un ordiquoaaa ??? »), à passer notre temps à dire « CHUT ! » ou « le CDI c’est QUE pour TRAVAILLER », ou encore à couvrir et ranger des livres qui nous plaisent qu’à nous et ne rien faire le reste du temps. Non ce n’est pas une planque.

La Dame du CDI, plus toute jeune, froide, sévère…

Les missions

Le métier de professeur documentaliste est un métier plus complexe qu’il n’y paraît, nous avons plusieurs missions. La première concerne la gestion du CDI ou du 3C au choix (Centre d’Information et de Documentation ou Centre de Connaissances et de Culture). Alors en gros, nous nous occupons de l’accueil des élèves et de TOUS les personnels de l’établissement, nous gérons les prêts, et les achats. Ces derniers sont fait en fonction du public qui est accueilli, en Lycée Professionnel (LP) on ne va pas acheter une BD pour sixième et en Collège on ne va pas acheter un roman pour jeune adulte. De même que dans un LP, il est plus intéressant d’acheter des livres en lien avec les filières. Pour ma part je suis en LP avec des spécialités en automobile, je pense que je vais me passer du livre sur l’histoire des infirmières et des parcours de soins au 19ème siècle. D’ailleurs existe-t-il vraiment ?

La seconde mission concerne, toujours en gros traits, l’éducation et l’enseignement. Parce que je le redis haut et fort nous sommes de VRAIS professeurs, nous avons un CAPES comme les autres sur une discipline peu reconnue mais une discipline quand même. Donc, là se pose LA question que tout le monde se pose : mais vous enseignez quoi ?? Ha ha ha !!! Alors en simplifiant, nous enseignons l’info-documentation, l’éducation aux médias et à l’information. En gros on apprend aux élèves à rechercher de l’information en connaissant les codes des livres, mais aussi en connaissant les modes de fonctionnement des moteurs de recherche, nous leur apprenons aussi à collecter l’information de différentes manières, à l’évaluer, voir s’il s’agit d’information, de publicité, ou de « fake news » (tellement à la mode en ce moment on dirait), et à la partager intelligemment. Nous donnons aussi des clefs de méthodologie aux élèves, les accompagnons avec la technologie et les nouvelles applications ou nouveaux logiciels, et surtout nous leur apprenons à devenir autonome, à connaître et comprendre Internet, ses possibilités, de même avec la technologie et les différents lieux où l’on peut trouver de l’information afin qu’ils puissent plus tard continuer à se former ou s’informer d’eux-mêmes avec un recul critique. On n’a pas de programme et la société actuelle se retrouve inondée d’informations, de publications, de communication. Nous tentons donc de préparer les élèves à devenir des adultes responsables dans cette société de l’information (ou je ne sais quel terme est en vogue en ce moment). Donc non nous ne faisons pas que leur apprendre à chercher un livre dans les rayons d’une bibliothèque.

Il y a une troisième mission qui concerne davantage la communication et l’ouverture sur l’extérieur de l’établissement dans lequel nous exerçons.

Le métier de prof doc est donc très varié et s’applique à différents niveaux. Il touche aussi différents publics et non pas juste les élèves. Oui nous conseillons aussi les professeurs sur des choix d’ouvrages par rapport à leur discipline, nous pouvons faire des séances en collaborations avec les professeurs aussi, et pas seulement avec les profs de matières littéraires comme l’Histoire ou le Français. Cette année j’essaye de travailler pas mal avec les profs d’atelier, c’est très intéressant et ça « casse » un peu l’image du CDI comme un lieu pour les intellos en LP.

Mes petites victoires

Je pense refaire d’autres articles sur mon métier car c’est un métier un peu méconnu, mais pour finir je vais vite fait vous parler de quelques unes de mes petites victoires. En effet, vous l’aurez compris, je travaille en Lycée Professionnel, mes élèves sont majoritairement des garçons et n’aiment pas lire. Ils ne venaient pas au CDI. La première année il a fallu les habituer à venir au CDI par le biais de cours en seconde et par les collaborations avec les professeurs des autres niveaux. C’était fatiguant, essayer de faire travailler des élèves qui ne veulent pas. Et en cette seconde année dans cet établissement, nous avons explosé les fréquentations du CDI. Alors certes les élèves viennent quasiment tous les midis au CDI pour nous voir, discuter, venir au point « écoute » de l’établissement, et moins pour emprunter mais même des élèves qui disaient qu’ils ne liront jamais un livre du CDI en ont pris un ! Pour ce qui est des prêts nous avions déjà doublé les prêts l’an passé, et cette année nous avons fait la totalité des prêts de l’an passé en un trimestre ! Alors oui on passe beaucoup de temps à les écouter nous parler, on a pas forcement le temps de travailler sur les cours ou la gestion pendant ce temps, oui on a du bruit dans le CDI, mais cela veut dire qu’il y a des élèves, qu’il vit ce lieu, et que les élèves y sont biens, et s’ils y sont biens ils empruntent. Et de ça j’en suis fière. Je crois qu’il n’y a quasiment pas de jours sans qu’un élève ne passe la pote du CDI et ça c’est même une grande victoire pour un petit LP.