Un slasheur sachant slasher…

On connaît tous le dicton célèbre : “Un chasseur sachant chasser sans son chien est un bon chasseur”. Aujourd’hui on pourrait le remplacer par “Un slasheur sachant slasher sans son slash est un bon slasheur”.

Qu’est-ce que le “Slasheur” ?

Slasheur/euse : (n. commun, pl. -s) personne partageant son activité professionnelle sur deux ou trois emplois. Les statuts n’ont que peu d’importance on peut être salarié/salarié ou salarié/indépendant. Dans les chiffres se sont les moins de 30 ans et les plus de 55 ans qui représentent la majorité des slasheurs et beaucoup sont indépendants ou auto-entrepreneur dans l’un de leurs emplois. On peut être chargé de communication/livreur de pizza, ouvrier en métallurgie/graphiste… bref presque tout est possible.

C’est un peu le mot à la mode depuis bien 6 mois sur les chaînes de tv et dans les journaux (papiers ou en ligne). C’est un peu l’expression du moment avec cette autre que j’aime tant – irony inside – “uberisation de la société”.

Le problème pour moi ce n’est pas tant cette médiatisation qu’on en fait, mais plutôt comment on le médiatise. Parce que oui, les journaux sont plutôt subjectif dans la manière de présenter ces deux expressions. Et moi, j’avoue que ça me dérange assez cette présentation faussée de la réalité ainsi que l’absence de réflexion dans le fond. Parce que oui, pour moi, ces deux phénomènes sont bien un témoignage de la précarisation de notre société, et, étant jeune – oui oui j’ai en dessous de 30 ans encore – ça me fait peur.

Petit historique de mon parcours de “slasheuse”:

Pour que quelqu’un ne vienne pas me dire que je parle de chose que je ne connais pas, je mets tout de suite le décor en place : je suis une slasheuse. Et oui j’y vois des avantages mais aussi des inconvénients.

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Pourquoi cet article alors ? Tout simplement parce que je n’en puis plus de tous ces reportages et articles prônant le “slash” comme l’avenir de notre société, comme étant une solution parfaite pour régler plein de maux (chômage, ennui dans son emploi, précarité….), parce que non, le slasheur ce n’est pas que cela, et parce que cela implique aussi beaucoup de sacrifices.

Comment je suis devenue une slasheuse alors ? Le plus simplement du monde je dirai : j’ai toujours voulu créé ma boîte, de préférence avant mes trente ans. A 26 ans, pour m’occuper lors d’une période de chômage, et tout en préparant mon mariage, j’ai décidé de créé mon auto-entreprise de création de robes de mariée et d’accessoires. Alors oui, à ce moment là je n’étais pas encore slasheuse. J’étais en recherche d’emploi et auto-entrepreneuse. Mais dès le départ, je savais que je continuerai à chercher un boulot, l’auto-entreprise c’était un rêve tout comme un moyen de m’occuper.

Par la suite j’ai trouvé plusieurs emplois, des CDD à temps plein, des CDD à temps partiels, des CDD courts, des CDD longs…. bref vive le CDD ! Pendant que tour à tour j’étais vendeuse, bibliothécaire itinérante, chargée de com’ etc… je continuais à créer de jolies robes pour de jolies mariées. J’étais très bien avec ce double emploi : salariée d’un côté et entrepreneure de l’autre.

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Le slasheur : du mythe à la réalité :

Sauf que, même en étant bien dans les deux emplois, ce statut pose beaucoup de questions. La première c’est le pourquoi deux – ou trois – emplois ?

Il peut y avoir plusieurs raisons à cela, moi-même j’en ai plusieurs :

  • l’envie de monter son entreprise, mais la difficulté d’en vivre. Le statut d’auto-entrepreneur (mais aussi les autres statuts d’entrepreneur et de libéraux en général) n’est pas des plus facile pour pouvoir en vivre. Certes on est pas soumis à la TVA lors de la facturation, mais nous payons des charges sur notre CA – et non sur nos bénéfices donc dès le départ il faut être bien au dessus de ses coûts – puis, lors des impôts, on repasse à la caisse sur ce même CA, sur lequel on a déjà payé une fois des taxes. On est taxés sur des taxes. Quel beau statut ! Sans côté la surprise de la CFE : taxe foncière des entreprises, et le RSI qui gère les remboursements de santé et qui ne couvre correctement qu’à partir d’un certain seuil de cotisations. Mais ceci est un autre sujet que je développerai un jour (oui oui cotiser à la sécu en salariat et au RSI en tant qu’entrepreneur dans certains cas peut faire que personne ne veut vous couvrir youhou). L’auto-entreprenariat à des avantages tout de même : les charges ne sont payées que si on rentre de l’argent, le régime est – plus ou moins – simplifié, on est son propre patron.
  • la difficulté de vivre correctement avec un enchaînement de CDD courts ou des contrats à temps partiels. Oui, avec un CDD de 24h/semaine pendant 6 mois, on ne peut pas faire des projets à longs termes, et qui plus est, payé un loyer et se nourrir, bref subvenir à ses besoins, n’est pas ce qu’il y a de plus simple aussi. Alors oui, forcement le slasheur le fait aussi pour des raisons économiques.
  • la volonté de ne pas être enfermé à faire qu’un seul emploi. Pour ma part, ne faire qu’un travail intellectuel ou qu’un travail manuel ne me laissait guère. J’aime les deux. Le slash est un moyen de faire un travail créatif et un travail de réflexion en même temps. On peut être employé administratif à faire des comptes et factures d’un côté et photographe de l’autre, professeur de communication et Wedding Planner, prof stagiaire et styliste etc…. (je précise que ce sont des exemples que je connais).

Des avantages certes, mais est-ce viable dans le temps ?

Mais le souci de tous ces avantages : la flexibilité, deux salaires, des envies différentes etc… c’est que ce n’est pas forcement viable dans le temps et qu’il reflète bien notre société actuelle. Sans attaches, sans famille, sans enfants surtout, et en étant jeune et en pleine forme il n’y a pas de souci, mais enchaîné plusieurs casquettes quand il y a aussi des obligations ou des envies familiales, ce n’est pas la même chose.

Une précarisation de la société :

Pourquoi tant de slasheur alors ? A la tv et dans ces beaux articles, on nous dit que c’est pour des raisons économiques, avoir un petit surplus à la fin du mois, ou par choix, la volonté de faire deux métiers qui plaisent.

Mais pour moi, cela rejoint un peu le problème de « l’uberisation de la société ». Je vais être très critique sur ce point. C’est mon point de vue personnel et je ne pense pas que tout le monde y adhère, je n’attends d’ailleurs pas cela.

De plus en plus d’emplois en CDD ou à temps partiels, des entreprises – et un gouvernement – qui poussent à la libéralisation et à entrepreneuriat, pour moi ça revient à nous offrir des jobs jetables. Je comprends, et j’approuve totalement que les entreprises ayant peu de moyens et les start-ups embauchent soit par CDD, soit font appel à un indépendant pour une mission de courte durée quand le besoin s’en fait ressentir. Mais de l’autre côté, de plus en plus de grosses boîtes, côtés ou non au CAC40, qui font des bénéfices de dingues mais camouflent tout ça pour ne pas payer d’impôts dessus, des groupes avec aucunes difficultés financières, veulent ce modèle là aussi. Uber est un bon exemple : des bénéfices, un gros groupe, mais on a pas de salarié, ce n’est quasiment que de l’auto-entrepreneuriat. Ce qui veut dire que la boîte reçoit des bénéfices et ne payent pas de charges, de l’autre côté, le salarié n’est plus salarié : adieu les avantages de sécu, de complémentaire, de retraite, de sûreté de l’emploi et bonjour les charges à payer.

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Avec les slahseurs c’est un peu la même vision que j’en ai. Oui cela peut être un choix pour une reconversion professionnelle, ou pour faire sa passion à côté, mais cela ne peut et ne doit pas devenir la norme. Pourquoi ? parce que cela dépeint une multiplication des CDD, des temps partiels et donc la disparition d’une certaine sécurité de l’emploi, et de certains avantages qui nous sont si cher : la retraite, la sécu. Venez donc tester d’être au RSI vous comprendrez mieux mon désarroi !

Et moi, je continue ou pas ?

Comme un certain nombre, je pense que je continuerai tant que j’y trouverai du plaisir, de la satisfaction, tant que cela m’apportera un bien-être malgré les nombreux problèmes administratifs auxquels il faut faire face. Et aussi tant que j’en aurais la motivation et la santé pour le faire.

Cet article ce n’est pas pour faire le procès du slash, ni de ceux qui le pratique, c’est pour donner un point de vue un peu plus large que celui de façade, qui effleure à peine le sujet, que l’on voit partout dans les médias. C’est pour amener les lecteurs à avoir une réflexion sur la multiplication de ces types d’emplois et ce que ça laisse transparaître de notre société.

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