Reprendre ses études à 28 ans

Cet article je l’ai écrit une première fois il y a presque un an, quand je m’apprêtais à retourner à la fac à 27 ans, presque 28 pour reprendre mes études. Aujourd’hui, je décide enfin de le publier, pourquoi ? Pourquoi je ne l’ai pas publié plus tôt ? Peut-être parce que c’est dur de parler de soi malgré tout, et aussi par la peur de ne pas réussir. Mais depuis quelques semaines maintenant, je suis certifiée, j’ai réussi mon concours : le CAPES de Documentation et à la rentrée je serais donc stagiaire de l’Education Nationale.

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Mais reprenons donc l’ancien article :

« Fin août, ça y est, dans deux semaines je retourne poser mes fesses sur les bancs de la fac. A 27 ans, après avoir quitté il y a 5 ans l’université.

Qu’est-ce qui peut donc bien me pousser à y retourner. Pourquoi j’ai décidé de reprendre mes études après être entrée dans la vie active ? Je vais t’expliquer tout cela.

Je le vois autour de moi et je l’entends aussi beaucoup, des amis, des proches, des connaissances qui triment, qui ont fait ou non des études longues et qui ont du mal à trouver un emploi, ou un emploi stable, ou un emploi bien payé. J’ai moi aussi été dans cette situation, je le suis même encore on peut dire.

A mes yeux, mais je ne suis pas la seule à l’affirmer, j’ai entendu beaucoup d’autres gens s’en plaindre, nous sommes une génération de sacrifiés. Sacrifiés sur l’autel de l’école, de l’orientation, du boulot. Je ne parle pas que de ceux qui ont mon âge, 27-28 ans, mais bien de ma génération, 30 ans, un peu plus, 25 ans aussi. On nous a dit « faites des études et vous réussirez », et oui certains ont réussi, certains n’ont pas galéré mais beaucoup si.

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J’ai tout de même un bac +4, alors oui on me dira pas dans la bonne filière, voilà, j’ai fait des études cinématographiques à la fac à la place de faire un IUT pour être technicienne ou payer une fortune pour être dans les petits papiers de ceux qui gouvernent le cinéma français (ceci est un autre débat). Mais j’en connais plein qui ont fait d’autres études et qui malgré un bac+3, bac 4 ou bac+5 enchaînent les petits boulots payés au SMIC, les CDD ou les mi-temps. Si vous vouliez avoir un CDI et de l’argent valait mieux faire un apprentissage… et encore, beaucoup de patrons n’embauchent pas forcement à la fin de l’alternance, ben oui, les charges ça coûtent !

Mais bon avant de parler de mes galères sur l’emploi, je vais faire un petit flashback :

J’ai grandi dans une famille d’artisans. Mes parents sont potiers, chefs d’entreprises. Dit comme ça, ça a l’air bien sympa, et oui ça l’est en quelque sorte, mais c’est pas aussi simple que ça. Au collège et au lycée je faisais partie de ceux dont les revenus du foyer étaient sous le seuil de pauvreté, avec deux parents qui travaillent. Ben oui, aujourd’hui les gens achètent leurs bols à Ikea, leurs vases au supermarché, et seuls les touristes dépensent un tant soit peu dans de la poterie principalement décorative. Et encore, ils se jettent aussi sur les contrefaçons moins chères. Mes parents font de la poterie à la main, c’est de l’artisanat, ce n’est pas une machine qui fait tout, mais non, peu de gens le comprennent. Bref, ceci est une autre histoire. Malgré cela, je ne me suis jamais sentie pauvre, on a toujours eu une belle enfance avec mon frère, on a pu avoir ce qu’on voulait dans certaines limites, on n’a pas de ressentit de privation. J’ai aussi eu une très bonne éducation culturelle qui m’a donné envie de découvrir le monde, d’autres cultures, l’art, faire des études, et cela même si mon père ni ma mère ne m’ont jamais vraiment aidé pour les devoirs. En même temps, j’ai toujours aimé l’école et même quand je ne faisais pas grand chose, j’ai toujours eu des notes suffisantes pour passer.

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Mon papa en plein travail, tournage d’un pot en Grès au sel de Betschdorf

Du coup, au lycée j’ai décidé de faire cinéma et audiovisuel en suivant un cursus littéraire. On pourrait me dire l’erreur, mais non, même avec un bac L on peut trouver du taff. Ensuite, malgré certaines personnes qui prévoyaient ma défaite, voir même qui prévoyaient que moins de 3 personnes dans notre classe de 33 iraient à la Fac, je suis à l’université.

Après les orientations du collège qui disaient : bonne élève, peut réussir en général, puis du lycée qui disaient : tu as réussi un bac général va à la fac, m’y voilà enfin, mais finalement sans trop avoir d’idée dans l’avenir. J’avais plein de rêves quand même à l’époque : des rêves de monde meilleur, de voyages aussi un peu, et surtout de foi en notre système d’éducation et surtout d’orientation. Je me suis dit : si tu réussis tes années tu auras un taff…. erreur. En plus je me suis inscrite en L1 d’Archéologie. C’était très intéressant mais les débouchés sont…. quasiment inexistant ! A l’époque seulement une dizaine de personne devenaient archéologues par an, pour je-ne-sais-combien de rêveurs. J’ai donc décidé de me réorienter et de refaire une L1 en Arts du spectacle option cinéma-audiovisuel. Le retour à mes premières amours.

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Alors oui certes ce n’est peut-être pas le choix le plus judicieux pour avoir du taff, mais là encore j’étais pleine de rêves et d’espoirs. J’idéalisais un peu trop le monde du travail que je connaissais quand même déjà pour avoir fait pas mal de stage et de petits boulots. Mais trouver des petits boulots quand on est étudiant c’est bien plus simple que de trouver un emploi quand on est grand.

La licence terminée, voilà que je quitte Strasbourg pour poursuivre mon master à Paris. Toute fière et contente d’avoir été acceptée dans une fac parisienne. Le master en tant que tel ne m’a pas posé de problème, lors de la première année, pour les différentes matières, j’avais de bonnes notes sans me fouler, faut dire que j’ai des facilités depuis longtemps. Le seul hic, je ne m’entends pas avec ma directrice de mémoire et je n’arrive pas à m’y mettre. J’ai toujours eu un petit souci avec l’autorité et la hiérarchie (je suis un ayatollah comme dirait une amie), du coup ça ne m’a pas vraiment aidé. J’ai donc validé mon M1 et j’ai tenté une réorientation dans un master pro en alternance.

En alternance, je suis tombée sur le pire type de patron que l’on puisse trouver. Celui qui prend quelqu’un en alternance et pendant ce temps continue de faire passer des entretiens à des candidats pour un stage. Avant la fin de la période d’essai, elle m’a viré sans raison valable et grâce à mes anciennes collègues (toutes en stage ou en contrat pro payé 200 euros par mois!!) j’ai appris que j’ai été remplacé par quelqu’un en stage. Ben oui, je coûtait trop cher en alternance, malgré les réductions de charges etc… Cette patronne était hors-la-loi, elle avait plus de stagiaires (3) que d’employés (1), elle-même étant l’employée bien sûr.

C’est à ce moment là que je me suis rendue compte du manque dans mon parcours scolaire puis universitaire et dans mon orientation. Oui, tant que tout va bien, on t’envoie plus loin, toujours plus loin dans les études. On t’oriente un peu à coup de : « t’es bon en ceci, va par là », « arf, ça pêche un peu par là, on va éviter », mais jamais au grand jamais on ne te prépare à l’emploi, à la découverte de l’entreprise, à la recherche de boulot.

Voilà pourquoi je pense que nous sommes une génération de sacrifiés. Parce qu’à l’époque où le chômage n’était pas aussi haut, on trouvait facilement du boulot. Aujourd’hui, on nous lâche dans le monde du travail sans préparation et en nous faisant miroiter qu’un diplôme nous ouvrira les portes magiques de l’accès à l’emploi. ERREUR. Juste pour info : je connais des étudiants qui ont galéré pour trouver un emploi en sortant d’école d’ingénieur, certains ont mis plus de 6 mois à trouver un emploi, donc ce n’est pas que les filières des sciences humaines et sociales qui font que l’on a du mal à trouver un emploi ; c’est toute une conjoncture entre le manque d’orientation et le marché de l’emploi qui n’est pas à son meilleur point.

Qu’est-ce que j’ai donc fait par après : et bien j’ai tenté de chercher un boulot. Malheureusement quand je répondais à une annonce d’emploi, on m’envoyait sur les roses et quand je répondais à une annonce de stage pour un poste similaire, j’avais tout de suite une réponse. Par chance, j’ai donc pu choisir entre 4 stages longues durées différents et tous très intéressants : communication événementielle pour une boîte spécialisée dans les événements autour des jeux vidéos, stage de responsable éditorial encadrant d’autres stagiaires pour un site internet -à l’époque en lancement- d’orientation étudiante, stage de rédacteur web pour un site qui propose des vacances atypiques et sportives (canyoning, etc…) et celui que j’ai choisi, stage dans une start-up parisienne spécialisée dans les applications de divertissement sur IOs et Androïd.

Un stage long de 6 mois. J’ai donc pu découvrir le monde du travail après avoir passé 3 mois à chercher un emploi et seulement 2 semaines à chercher un stage. Déjà là j’étais choqué de la facilité à trouver un stage avec les mêmes responsabilités que l’emploi, alors que les embauches même en CDD étaient bloquées.

6 mois plus tard, j’ai fini mon stage. Par le plus grand des hasards, j’ai eu l’opportunité grâce à mon homme de partir avec lui pour un an au Canada. Du coup, me voilà sauvée de la recherche d’emploi longue et fastidieuse en France. Là bas, j’ai pu être professeur de Français Langue Étrangère et bien payé. De retour en France, même constat qu’au départ : impossible de trouver un emploi stable ou sans être exploité. Que ce soit dans les associations ou les entreprises, ce qui se multiplie c’est les contrats courts ou les contrats partiels, rendant ainsi les salariés encore plus précaires. Pourtant, avant de recommencer les études, j’avais un boulot sympa, agréable, dans une super structure sauf que c’était un contrat à mi-temps sur un an, pas renouvelable.

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Alors voilà pourquoi je vais retourner à la Fac, parce que j’en ai marre d’enchaîner les CDD, les mi-temps, les smics, parce que j’en ai marre de passer des mois et des mois pour décrocher un emploi en CDD de 2 mois dans un domaine intéressant. Je vais donc tenter de passer le Capes pour avoir un métier dans lesquels au moins je suis sûre d’avoir du boulot. »

En relisant cet article, je me rends compte qu’aujourd’hui encore il a beaucoup d’échos. L’actualité semble témoigner en faveur de mon témoignage : les gens se plaignent d’une précarisation du travail. Mais personne ne nous écoute…

J’ose donc espérer qu’à la rentrée prochaine, en septembre, cette situation ce sera améliorée et que, le peuple soit enfin écouté, tout comme la croissance et l’emploi soient en meilleur forme.

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5 Commentaires

  1. Tout d’abord félicitations !!!
    J’espère que tu viendras en dire plus sur ton futur métier car je me demande ce que peut vouloir dire « documentation » en terme de discipline scolaire !
    Ce n’est pas facile le marché de l’emploi et tu as bien évoqué tout ce que j’entends sur notre génération et sur ses difficultés à avoir un boulot et un boulot qu’elle aurait choisi. Ce sont deux choses souvent decorrelees.

    1. Oui je tâcherai de faire un article ou plusieurs là dessus à la rentrée !

  2. Je te souhaite réussir cette nouvelle étape ! Plein de bonnes choses pour la suite !

  3. Félicitations!
    Et j’ai envie de te dire merci pour le coup de gueule (doctorat en sciences humaines et chômage depuis la soutenance (avec remplacements, vacations et autres jobs où on sert de kleenex)

    1. arf ma pauvre ! comme quoi les études longues ce n’est pas toujours la clé pour avoir un boulot stable. j’espère que tu trouveras un poste plus stable.

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