Lettre à toi qui va naître

J’avais prévu de publier cet article à la suite de mon premier article sur le long travail de réflexion que j’ai dû faire sur moi-même pour surmonter mes peurs de l’accouchement et de l’accueil d’un petit être sur le blog Dans ma Tribu. Malheureusement, les contributions extérieures n’y sont plus possibles (sniff) mais il me semblait important tout de même de publier ce texte.

Important pour moi car ces deux articles (celui-ci et le précédent) m’ont permis de me libérer et de me rassurer. J’ai fait un long travail sur moi-même pour être « prête » – même si on ne peut pas totalement l’être – à accueillir cet enfant et je pense que la publication de ses textes, que j’ai écris moins d’une semaine avant mon accouchement, fait aussi partie de tout ce processus. Donc même si je ne voulais pas trop parler de ma vie personnelle sur ce blog, je vais finalement m’y mettre car je n’ai plus la possibilité d’écrire pour d’autres blogs (bon malgré tout vous pouvez toujours me retrouver sur Mademoiselle Dentelle le temps que je finisse le récit de mon mariage, et de temps en temps sur Sous notre Toit).

Donc voici le texte :

06/11/2016

« Lettre à toi qui va naître

Ce matin je vais faire quelque chose d’un petit peu égoïste. Je vais t’écrire, à toi, qui va bientôt naître. A ce demi-moi et demi-Yeti qui pour l’instant ne vit qu’à travers moi.

Pourquoi est-ce égoïste de t’écrire ? Peut-être parce que cela me fait du bien d’écrire, cela écarte mes peurs et mes angoisses, même si tu ne liras jamais cette petite lettre. Oserai-je un jour te montrer mes peurs et mes faiblesses en te permettant de lire ceci. Je ne pense pas. Cela me mettrait dans une position de vulnérabilité, chose que j’essaye d’éviter au maximum pour mon bien-être. Oui, vois-tu, je me protège beaucoup, de l’extérieur, des autres, des émotions, pour ne pas être submergée par une mer de bruits, par un océan de demandes et d’impératifs, par un raz-de-marée d’émotions et de sentiments. Peu de personnes sont invités à entrer dans mon havre de paix, dans mon petit cocon, ma bulle que j’ai pu construire. Peu de gens peuvent voir, entendre et partager avec moi des émotions, des joies, des peines, des histoires.
Certes il n’y a pas qu’un cercle, c’est une imbrication de cercles. Un peu comme si à chaque niveau on s’approche du centre, du coeur, de mon coeur, le point le plus fragile si l’on veut faire des métaphores et décrire tout cela en image. Mes proches, mes amis, et le monde extérieur gravitent autour de ce centre, se repositionnant sans cesse, pouvant faire des incursions plus à l’intérieur ou plus à l’extérieur suivant mes envies, mon humeur du moment. Mais le coeur, le noyau ne reste accessible qu’à un groupe très restreint. Seuls ceux qui y ont accès peuvent voir mes angoisses les plus profondes mais partagent aussi le plus de joies et de moments de bonheur avec moi. Ils me connaissent dans une plus grande globalité que les autres je dirais.

Et toi, toi qui n’est pas encore né mais qui bientôt fera irruption dans ma vie. Toi à qui j’écris égoïstement cette lettre pour me rassurer, pour faire exorciser mes angoisses. Toi, dès le début tu vas arriver dans ce centre, ce milieu, auxquels seuls ceux que j’ai autorisé y gravitent. Toi tu vas arriver, t’y installer et ne pas me demander mon avis. Tu vas être tout de suite parmi ceux avec qui je partage le plus et tout cela sans que nous ayons eu le temps de nous connaître.

Comment ça nous n’avons pas eu le temps de nous connaître ?

Oui, nous sommes deux inconnus qui vont se rencontrer pour la première fois. Tu vas rencontrer le monde extérieur, ton père, le monde médical, nos proches qui viendront, et moi, celle qui est/sera ta mère. Mais avant, malgré avoir grandit 9 mois dans un cocon qui était mon ventre, malgré avoir partagé un peu de mes repas, beaucoup de mes émotions et de la fatigue, on ne s’est jamais vraiment vu. Il n’y a pas eu de contact visuel, ni de contact autre entre nous qu’un échange de sang et de nutriments. Je n’ai pas su décrypter tes émotions car je ne les voyais pas, et tu ne les ressentais pas non plus à tous les moments. D’ailleurs tu vas en découvrir d’autres en grandissant. La naissance n’est qu’une poursuite de l’apprentissage, et je ne suis pas sûre que l’on finisse par ne plus apprendre un jour.
Nous allons nous rencontrer et devoir nous apprivoiser et pas en une seconde, une heure ou un jour mais durant toute une vie. Car oui tu es toi-même, tu es un être vivant à part. Tu ne m’appartiens pas et je ne t’appartiens pas non plus. Nous avons des corps propres, des émotions propres et des personnalités propres. Non, tu n’es pas mon prolongement malgré ce cordon qui nous relie.
J’ai une image qui pourrait paraître horrible pour certains et certaines, mais pour moi cela ressemble un peu à l’a réalité : tu es un parasite (ou Goa’uld). Il ne faut pas y voir un sens péjoratif dans ce terme, loin de là. Juste prendre le terme pour ce qu’il est : un parasite est un être vivant qui subvient à ses besoins en utilisant un autre être vivant. Rien de plus, rien de moins. Tu es à demi-moi de part mes gênes et à demi-Yeti de part les siens. Mais ce mélange, cette addition ne donne pas un être nous ressemblant à 50 % chacun. Non, c’est une alchimie plus complexe. Cela donne un être à part entière qui peut nous paraître si différent de nous malgré les gênes en commun. Nous allons donc devoir nous adapter l’un à l’autre, tout comme tu devras t’adapter aux autres et eux à toi.

Toi, qui chamboules mes certitudes, mes habitudes, t’insères de suite au milieu de mon espace personnel, toi, qui n’est ni moi, ni mon Yeti, ni la somme de nous deux mais un petit bout de chacun de nous sans savoir lequel, toi, tu apportes tant de questions, de doutes, d’angoisses et malgré tout tu resteras là, tu nous apprivoiseras comme nous t’apprivoiserons. »

Voilà, ce texte a été écrit le 06 novembre, et si tu lis assidûment ce blog tu connais déjà la suite (par ici). Le petit yéti est né le 9 soit 3 jours après cette petite lettre qui m’a beaucoup aidé à l’accueillir. Je pense que le fait d’avoir pu baisser ma garde, accepter sa venue a peut-être bien participé à l’accélération de son arrivée ! (il était prévu pour le 02 décembre ^^)

Crédits photos : My Endless Love

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2 Commentaires

  1. C’est une très belle lettre d’amour.
    Il t’a bien entendu du coup ce petit bonhomme trop mignon 😊

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